Aucun
ouvrage n’avait encore traité du seul objet trompe-l’œil, alors que l’illusion
en peinture a souvent été abordée. Le voici. Le livre se feuillète le sourire
aux lèvres car ces curiosités anciennes et modernes tiennent à la fois du tour
de force et de la farce.
Au siècle
des Lumières, les faïenciers ont, en effet, fabriqué, pour le décor de la
table, des assiettes dites « attrapes », garnies de fausses olives, noix,
cornichons traités avec un tel réalisme que le convive se laissait abuser. Dans
les fours de Strasbourg ou de Sceaux, ils ont cuit au « petit feu » des
artichauds, laitues, choux ou bottes d’asperges qui servaient de saladiers, de
compotiers, de légumiers mais aussi des perdrix, faisans, bécasses, hures de
sanglier - grandeur nature - qui accueillaient ragoûts ou pâtés. Lors des repas
de chasse, ces « terrines » faisaient un effet bœuf ! Leur mode s’est
répandue à travers l’Europe entière.
À la fin
du xviiie siècle, les
céramistes ont atteint un tel savoir-faire qu’ils se donnent pour défi d’imiter
d’autres matières. Des fabriques impériales chinoises, puis des manufactures
européennes surgissent des objets d’art en porcelaine qui semblent faits de bronze,
de laque, de pierre, de bois doré. Et chacun de s’y méprendre.
Plus
facétieux que jamais, le trompe-l’œil revient aux alentours de 1900 dans le
domaine de la publicité. Les industries alimentaires, offrent des
« gadgets » en forme de boîte de camembert, tablette de chocolat,
gaufrettes… Un croustillant moyen de se rappeler au bon souvenir du client.
Le lecteur
sera également surpris, ébloui, à la vue des végétaux en plâtre, en verre, en
ivoire modelés par des artisans français, tchèque et japonais au début du
siècle dernier. Destinés à l’étude botanique, fruits, fleurs, légumes factices paraissent
avoir été fraîchement cueillis.
Enfin, parce
que certains plasticiens ont recours au jeu de l’artifice, un dernier chapitre
célèbre la Japonaise Kimiyo Mishima (1932- 2004) dont le propos est grave mais
l’œuvre spirituelle. Pour exprimer son inquiétude face aux déchets jetés dans
la nature, la créatrice nippone reproduit en porcelaine sérigraphiée de vieux
emballages de carton et des canettes en métal vides.
Autrement
dit, au fil de ces pages, il ne faudra jamais se fier aux apparences.
L’auteur
Laurence
Mouillefarine, journaliste spécialiste du marché de l’art, a signé plusieurs ouvrages
de référence sur les bijoux Art déco mais aussi divers beaux livres ayant trait
au monde des collectionneurs : « Leurs Collections » (EPA), « L’Art
de chiner » (Albin Michel), « Objets de la Beauté à collectionner »
(éditions MDM). Depuis longtemps, elle est attirée par les trompe-l’œil dont
elle apprécie la prouesse technique et l’humour.