DOGON
Agnès PAtaux









 

Voyage en pays Dogon

« Le peuple Dogon (dogo) est comme l'herbe (dogo) qui pousse sur la terre »

Ce proverbe dogon, mis en exergue par Geneviève Calame-Griaule dans Conte dogon du Mali, affiche dans un jeu de mot la vitalité des habitants des falaises du Bandiagara, au sud du Mali. Installés depuis plus de dix siècles, les Dogon, venus du Mandé au sud ouest du Mali, se sont mêlés aux peuples autochtones sur le plateau de Bandiagara, le long de la falaise et dans la plaine du Séno-Gondo. Leur rencontre avec l'Occident se fait tardivement, à la fin du XIXe siècle, par l'entremise de l'ethnologue français Louis Desplagnes. Ce dernier leur consacre un ouvrage en 1907, Le Plateau central nigérien, où il fait notamment découvrir l'art rupestre dogon. Mais c'est lors de la mission Dakar-Djibouti, menée en 1931, par Marcel Griaule, que la fascination occidentale pour la société dogon et son art prend toute son ampleur. En effet, la position quasi inaccessible des villages blottis contre le grès primaire de la falaise offrit durant des siècles une protection inaltérable et garantit, de ce fait, la préservation de traditions ainsi que d'une vie économique, religieuse, culturelle et sociale. L'architecture des cases et des greniers érigés à flanc de falaise donne l'impression de châteaux de sable posés en équilibre sur la roche tandis que les piliers du Toguna, la case à palabres, un toit de paille reposant sur d'imposants piliers, ouvrant un espace d'expression et de rassemblement, marque le centre du village.

Le brassage culturel entre le Xe et le XVe siècles ainsi que plusieurs vagues migratoires ont offert une richesse et une diversité stylistiques remarquables à l'art dogon. Les masques anthropomorphiques constituent l'un des fondements des traditions dogon ; associés à la danse, par exemple, lors de rites funéraires, le masque prend vie et de l'interprétation du danseur s'exalte toute la symbolique du masque, la révélation du créateur, leur dieu unique Amma. Les objets sculptés du quotidien, eux aussi, attestent d'une préoccupation constante pour le mythe d'origine. Les sculptures Soninke venues de l'ouest du plateau côtoient la force des sculptures de style Tellem, du nom du peuple venu de l'autre côté et dont les œuvres se reconnaissent à leurs bras levés vers le ciel. On peut également admirer une statue Djennenke parmi les chefs-d'œuvre du musée Branly présente ce printemps une exposition intitulée DOGON sous la direction d'Hélène Leloup, spécialiste de l'art dogon et auteur de la préface de l'ouvrage rassemblant les photographies d'Agnès Pataux, Dogon.

Le pays Dogon captive toujours autant, il est aujourd'hui le premier site touristique du Mali et a été classé au patrimoine mondial de l'U.N.E.S.C.O. Des paysages magnifiques se révèlent dans les photographies d'Agnès Pataux où les villages bâtis à l'abri dans la roche escarpée contemplent des plaines donnant l'illusion de l'infini. Seuls quelques villages perpétuent encore leurs traditions loin des tentations de la ville, de l'alcool, du tourisme à outrance ou d'autres religions. Dans les portraits de Dogon, apparaît ce fragile équilibre entre conservation de leur culture à l'abri des falaises et curiosité de l'infini de l'autre.


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